23. Juli 2017 · Kommentare deaktiviert für 20th of July march : Activists and politicians react on Facebook following yesterday’s unrest · Kategorien: Marokko · Tags:

Yabiladi | 21.07.2017

Activists in Al Hoceima alongside a number of civilians that came from all over the country took the street yesterday marching for freedom, dignity and social justice. Despite an official ban protesters managed to gather clashing with security forces that fired teargas as a response. Reacting to the event, activists and politicians commented on Al Hoceima’s unrest via Facebook.

Despite the official ban announced through a communiqué earlier this week, activists and civilians took the streets yesterday to call for the release of the Hirak detainees in a march. Clashing with the police, protesters tried to gather forming a marching group that attempted to head in failing endeavors to Mohammed VI square, where several marches and demonstrations were organized during the last eight months. According to Yabiladi’s on-the-scene reporter, police fired teargas to disperse the crowds while ringing the city center. Several were injured during the clashes including police and protesters.

Politicians

Reacting to yesterday’s events, activists and politicians chose Facebook a means to comment on the riots, the situation and the way things were handled by the police. Starting with Abdelali Hamidine, a politican, who wrote in a facebook post denouncing the way authorities managed the march on the 20th of July. According to him «the people’s will to march on 20th of July was fulfilled after all», thanking Al Hoceima’s inhabitants for «their commitment, determination and will to call for their legitimate demands including the release of the Hirak detainees». Abdelali Hamidine, who is also a human rights activist and president of Al Karama forum stressed that the «Rif is in the need of a political answer and not a security one», reffering to the clashes that emerged on Thursday. «The solution is in the Okasha prison in Casablanca», Hamidin concluded.

On the other hand, Nabil Shikhi, a politician and a PJD member was also reactive when it comes to the 20th of July march. In a long Facebook post published by Imane Yakoubi who is also a PJD member, Shikhi stated, that «preventing civilians from moving, restricting internet access, setting barriers and searching people illegally indicate that the weight of this march has scared some parties». Shikhi also pointed out that dealing with the current situation should not involve «the ban of the march» adding that instead «objective and realistic solutions should be put forward». The Justice and Development party militant stressed that «real reasons behind the anger emanating from the Rif is namely due to humiliation and resentment».

For Abderrahim El Aalam, who is also a politician, Moroccans should «fear a day when citizens will have to refrain from organizing demonstrations in order to stop security forces from destroying public property, throw rocks at demonstrators and break cars». El Aalam using a sarcastic language denounced the arrest of Hamid El Mehdaoui, Editor in Chief of Badil.info who was among the journalists that were in Al Hoceima for media coverage. «Chanting might be punishable by law as it is the case with El Mahdaoui, the journalist who was arrested for shouting», he warned. The politician, moreover, declared on his Facebook post that «the 400 demonstrators who injured 72 police men is a silly joke that will make Moroccans laugh for a while».

Activists

Following the clashes that broke off yesterday, ElMortada Iamrachen, a Hirak activist who was granted provisional release after being arrested for terrorism, published on his Facebook account a statement clarifying the fact that he is not the leader of the Hirak. «I am one of the activists among thousands of people like me», said Iamrachen asking Riffians to «calm down and refrain from taking the streets to avoid more disasters». «The King’s speech on the 30th of July is expected to close a chapter of corruption», the activist said.

In a different Facebook post, Iamrachen thanked all those who marched in Al Hoceima yesterday. «I would like to thank every organization, and groups who came to show solidarity with the people of the Rif. We are proud of you», Iamrachen wrote.

The Hirak female activist, Nawal Ben Aissa, reported what protesters went through in a Facebook post. «We have been brutalized» Ben Aissa wrote adding that «they (security forces) did not care about children, women or elders». The young woman stated that she was «beaten more than once but every time I was feeling stronger (…) I fainted and was transferred to the hospital». «The state’s brutality won’t stop us, we believe in dignity, freedom and social justice», the female activist concluded.

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Telquel | 21.07.2017 | Video

Reportage: ce que nous avons vu le 20 juillet à Al Hoceima

Le 20 juillet, le mouvement contestataire rifain a bravé l’interdiction de manifester signifiée trois jours plus tôt par la wilaya d’Al Hoceima, pour descendre dans la rue. Récit (en texte et photos) d’une journée de tension telle que vécue par les journalistes de Telquel.ma sur place.

À Al Hoceima où nous nous trouvions, comme de nombreux médias marocains et étrangers, les tentatives de former un cortège ont débuté peu après 16 heures, et se sont poursuivies jusqu’à 23 heures environ. À partir d’une masse d’une centaine de personnes, les rassemblements épars ont été systématiquement dispersés par les forces de l’ordre au moyen de charges des forces antiémeutes à pied ou véhiculées, faisant également usage de grenades lacrymogènes.

Crédit : Yassin Toumi

Les personnes dispersées – parmi lesquels des femmes, des enfants, des vieillards, des jeunes, des moins jeunes et une part significative de Marocains résidents à l’étranger – se rassemblent quelques rues plus loin pour marcher de nouveau vers la place Mohammed VI, rebaptisée place des martyrs par le Hirak. Ce ballet s’est répété ainsi jusqu’à la nuit tombée.

Nous avons été témoins d’un rassemblement de 1.000 à 2.000 personnes au maximum, formant un groupe en marche vers le centre-ville. La mobilisation dans son ensemble est quant à elle très difficilement quantifiable dans la mesure où ces mouvements de groupes formés puis rapidement dispersés avaient lieu simultanément à différents endroits de la ville. Ces groupes ont progressivement été tenus de plus en plus à l’écart du centre-ville, jusqu’à être repoussés dans les quartiers périphériques. Là, des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre.

À Al Hoceima, ces affrontements se poursuivaient encore à 1 heure du matin, dans un quartier à proximité de l’hôpital Mohammed V, tandis que le reste de la ville, quadrillée par les forces de l’ordre, avait retrouvé le calme. Les communes avoisinantes ont également été le théâtre de mobilisation et d’affrontements sans que nous puissions en être témoins.

À Al Hoceima, une personne dans un état comateux, blessée à la tête, a notamment été transportée en hélicoptère vers Rabat, rapporte la MAP. Un bilan officiel en fin d’après-midi faisait état de 72 blessés du côté des forces de l’ordre et de 11 du côté des manifestants. Un bilan forcément provisoire, car dans la soirée des blessées continuaient d’arriver à l’hôpital Mohammed V. D’après un nouveau communiqué des autorités locales publié ce vendredi, le jeune blessé à la tête et deux policiers qui avaient été transportés „dans un état grave“ sont dans un „état stable“. La même source précise qu’ils ont „reçu les soins nécessaires“.

Durant la journée du 20 juillet, les communications téléphoniques ont été très fortement perturbées. Il était difficile de pouvoir passer un appel, quasiment impossible de faire usage de la 3G. Les raisons en sont inconnues. De fait, assez peu d’images des évènements ont été disponibles dans l’immédiat. Telquel.ma propose donc un regard sur cet après-midi de mobilisation à Al Hoceima; celui de nos deux journalistes sur place en témoins. Une couverture forcément non exhaustive – compte tenu des manifestations éparses -, mais tâchant de rapporter au plus proche de la réalité ce qu’ils ont vu et étendu.

15 h 40. La place Mohammed VI est bouclée par les forces de l’ordre. Une trentaine de véhicules, dont un canon à eau, y stationnent. Des policiers interdisent aux passants de s’installer sur les bancs qui font face à la mer. D’autres font la circulation à coup de sifflets et de tours de bras énergiques. Les conversations se font à voix basse dans l’Avenue Abdelkrim El Khattabi qui remonte vers la place Ifriquia et la mosquée Ghinia. Plusieurs coups de sifflet se font entendre d’affilée. „Ça y est, ça commence?“, demande, en français, un enfant de 10 ans qui tient la main de son père.

La vérité sort de la bouche des enfants : toutes les conversations se demandent d’où et quand va commencer la marche, „lmassira“. Alors que nous remontons l’avenue, un groupe de trois jeunes gens qui remontent l’avenue en silence est embarqué, devant nous, dans une fourgonnette de police, quasiment sans un mot, sans opposer de résistance. Sur la place, quelques cafés arrêtent de servir. Plus haut, quelques commerces restent ouverts. Une Ford Mustang, décapotable, gris mat, immatriculé aux Pays-Bas fait le tour du centre-ville la musique à fond. À chaque carrefour, des forces de l’ordre. Sous les porches, des hommes et des femmes, les bras croisés, attendent.

Vers 17 heures, un petit groupe commence à scander des slogans, tout près de la place. Des forces antiémeutes derrière eux, ils remontent l’avenue à grandes enjambées et emportent avec eux les gens sur les trottoirs. À la fenêtre d’une voiture, un enfant de moins de cinq ans reprend : „Non à la militarisation !“ Arrivés devant la mosquée, ils sont 200 à 300 personnes autour de la fontaine. Les forces antiémeutes les repoussent, à la main et à coup d’ordres fermes. Un homme tombe. Un attroupement se forme autour de lui. Des éclats de voix dans tous les sens, des bousculades. Manifestants et force de l’ordre sont mélangés et ne savent plus où donner de la tête. Le temps de se retourner, plus de 500 personnes ont formé un long cortège, derrière une banderole, à 50 mètres de là. Ils n’ont pas le temps d’entonner trois slogans qu’une, deux puis trois détonations se font entendre. À 360 degrés, des gens courent en criant pour s’éloigner de la grenade lacrymogène qui répand dans une fumée blanche un gaz qui provoque immédiatement une crise de larmes et des picotements dans la gorge.

À bonne distance, les épiceries sont prises d’assaut par des clients toussant et aux yeux rougis. Des femmes envoient des bouteilles d’eau depuis les étages des immeubles. Celles qui sont dans la rue se masquent la bouche et le nez de leur hijab. Des oignons coupés passent de main de main pour atténuer les effets du gaz. Les mieux équipés arborent des masques médicaux ou de chantier. Les visages tirés reprennent soudainement leurs esprits lorsqu’ils entendent une clameur à quelques rues de là. Un groupe s’est reformé et marche à nouveau vers le centre-ville. Bis repetita. Tirs de gaz lacrymogènes et avancée des forces de l’ordre pour „reprendre“ l’intersection. Les groupes de manifestants ne cessent de se reformer. Nous apercevons un homme, en haillons, qui fume une cigarette impassible, alors qu’une escouade de policier – avec à leur tête un homme qui tire avec un fusil à canon court des cartouches de gaz lacrymogènes vers des manifestants – avance en sens inverse. Rassemblement, gaz lacrymogènes, charge, dispersion, rassemblement… L’enchaînement se répète sans fin, simultanément, à plusieurs carrefours de la ville.

À 18 h 15, nous croyons qu’une marche à proprement parler a réussi à se mettre en place. Plus de 1.000 personnes sont alignées sur 200 mètres dans l’avenue El Khattabi. Ils font face à maigre cordon de forces auxiliaires. Un groupe s’assoit devant les forces de l’ordre, des banderoles refont leur apparition. Alors qu’un attroupement commence à se former derrière les forces auxiliaires, celles-ci fondent dans la foule, à vive allure. Les manifestants s’écartent comme ils peuvent, sur les trottoirs. Dans le sillage des forces de l’ordre, des sandales abandonnées, des personnes à terre. Des cris. Des personnes sont arrêtées et placées dans des véhicules de police. La tension monte d’un cran. Lors du rassemblement suivant, nous verrons la chaise d’un café volé en direction des forces de l’ordre. Des bouteilles d’eau. Puis une pierre ricoche devant les forces de l’ordre. Immédiatement, une salve de grenades lacrymogènes retentit. Des policiers chargent dans tous les sens. Cette fois-ci, le centre-ville s’éclaircit un peu plus durablement. Le temps pour nous de recharger la batterie du téléphone… et des humains.

Lorsque nous retournons en ville, moins d’une heure plus tard. Nous suivons le bruit de klaxons qui se font entendre au loin. Nous suivons leurs échos jusqu’aux quartiers de Hay Salam et Hay El Menzeh où une manifestation en voiture est en cours. Des drapeaux amazighs sortent des véhicules souvent immatriculés par des plaques étrangères. À l’intérieur, des familles, de très jeunes enfants. Les klaxons résonnent, entourés de piétons de plus en plus nombreux. Les rues sont rapidement saturées. Pourtant, les voitures parviennent à former un couloir pour laisser passer une ambulance, sirène hurlante, suivie d’un fourgon de police.

Trois minutes plus tard, au même endroit, nous serons témoins de la scène inverse. Une cinquantaine de personnes fondent sur une fourgonnette de police et frappent les grilles qui protègent ses vitres. „La ! La ! La !“, réprouvent les manifestants autour de ce carrefour. Trop tard. Des grenades lacrymogènes fusent dans tous les sens. L’une d’entre elles rebondit sur le mur derrière nous, à moins d’un mètre de notre tête. En 30 secondes, la place est vidée de ses occupants.

Une immense marche descend à présent de Hay El Menzeh vers le centre-ville. Près de 2000 personnes arrivent à proximité du stade. La tête du cortège est à moins de 200 mètres de la place Mohammed VI. De nouveau, des gaz lacrymogènes renvoient le cortège d’où il vient. Des adolescents, leur t-shirt en guise de cagoule ou masque à gaz, restent face aux forces de l’ordre, sous des tirs de gaz lacrymogènes rasants. Le reste de la marche est remontée à Hay Salam. Sur une place, elle établit un sit-in. Nous retrouvons la configuration des rassemblements quotidiens à Sidi Abid durant le mois de ramadan. Des slogans, des banderoles, des prises de paroles au mégaphone, alors que la nuit tombe sur Al Hoceima. Lorsque la marche se disperse d’elle-même à 22 heures après avoir juré collectivement de se retrouver le lendemain, nous avons le sentiment d’avoir assisté à la démonstration par la preuve du pacifisme revendiqué du Hirak.

Nous apprendrons en fait plus tard, qu’au même moment, notre photographe se trouvait dans un autre quartier où l’ambiance était radicalement différente. À Afazar, photographiant des jets de pierres entre manifestants et force de l’ordre, il est pris à partie par des jeunes. „Tu travailles pour le Makhzen?“, l’interpelle l’un d’entre eux. „Non, non, on l’a déjà vu pendant ramadan“, se souvient un autre. Un attroupement se forme autour de lui, des mains tirent pour prendre son appareil. Un poing heurte son visage, sans gravité. Une mâchoire lui mord le doigt. Une personne se saisit de son appareil et part en courant. Yassine Toumi le rattrape et parvient à récupérer son instrument de travail, montrant sa carte de presse comme garantie de son indépendance. Quelques mètres plus loin, il est de nouveau pris à partie. Il s’accroche à son matériel, mais il est de nouveau embarqué. „Calme-toi. Viens chez moi. On va récupérer ton appareil,“ lui dit un homme „que tout le monde semblait respecté“. Quelques minutes, plus tard le boitier et le flash sont effectivement de retour, intacts. Il manque l’objectif. „Ramenez-moi l’objectif tout de suite !“ hurle l’homme à la porte. L’objectif sera aussi de retour. „Maintenant tu files,“ lui intime l’homme le plaçant sous escorte pour quitter le quartier. Dans la rue, c’est une véritable scène d’émeute. Des jets de pierres croisés. Des gaz lacrymogènes en série. Des barricades de fortunes illuminées par des feux à même le sol. Un triporteur est en flammes. Les plus jeunes sont en première ligne, mais des femmes en djellabas jettent aussi des pierres. Lorsqu’un jeune d’une quinzaine d’années brandit un drapeau marocain, deux femmes lui rétorquent : „Qu’est-ce que tu fais ? Baisse ce drapeau.“ D’autres les approvisionnent en pierre et en oignons. À une heure du matin, les affrontements étaient toujours en cours dans ce quartier à proximité de l’hôpital Mohammed V. Des blessés continuaient d’affluer. Un manifestant, un policier et un gendarme ont été transférés dans un état critique à Rabat, par hélicoptère.

 

 

 

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