02. September 2016 · Kommentare deaktiviert für Chios : «La situation sur l’île est explosive» · Kategorien: Griechenland

Quelle: Liberation

Proche des côtes turques, le petit territoire grec voit de nouveau affluer nombre de Syriens fuyant la guerre depuis qu’Ankara ne bloque plus les passages, après le coup d’Etat raté.

Un «gros ras-le-bol». Voilà ce qu’ont ressenti Daniel Rivas et Miguel Vallet, deux bénévoles basques de l’association Zaporeak en voulant ouvrir les portes de la cuisine où ils préparent à manger pour les réfugiés sur l’île de Chios. Pour la deuxième fois en une semaine, les serrures ont été bouchées par de la colle. Un acte de vandalisme de plus : une nuit précédente, un intrus a renversé les préparations et les réserves de «la cuisine basque». Les bénévoles ont systématiquement retroussé leurs manches, tout nettoyé. Ils ont finalement servi 1 400 repas à ceux qui sont bloqués sur la cinquième plus grande île de Grèce.

En 2015, ce caillou en mer Egée, sur lequel sont passés un peu plus de 120 000 réfugiés, faisait pourtant figure de modèle. Malgré la crise en Grèce, où plus de 25 % de la population est au chômage, les Chiotes ont généreusement accueilli ceux qui débarquaient sur les côtes depuis la Turquie, en face, à seulement 7 km. Mais, aujourd’hui, une partie des 51 000 citoyens s’inquiète : les arrivées sur des rafiots de fortune ont repris de plus belle depuis le coup d’Etat raté en Turquie, mi-juillet. La première semaine d’août, 318 réfugiés ont échoué à Chios, quand ils n’étaient que 249 sur tout le mois de juillet, ce qui amplifie les tensions. «Nous sommes à une période charnière en ce qui concerne l’opinion», confirme à Libération Manolis Vournous, le maire de Chios, capitale de l’île du même nom. «Depuis trop longtemps, migrants et réfugiés sont ici, sans infrastructure satisfaisante pour les accueillir, sans personnel suffisant pour enregistrer les demandes d’asile», explique l’élu.

«Les camps débordent»

Avant la signature de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie, le 18 mars, tous les migrants pouvaient effectuer les démarches sur l’ensemble du territoire grec, sur lequel ils étaient libres d’aller et venir ; ceux arrivés après le 20 mars, censés être renvoyés en Turquie, se retrouvent bloqués sur l’île, sans liberté de circulation, faute de fonctionnaires turcs, rappelés par Ankara. Les réfugiés, essentiellement syriens, ont désormais la possibilité de demander une «relocalisation» dans un autre pays européen sans pouvoir le choisir. C’est au service d’asile grec, soutenu par l’EASO (celui de l’UE), que revient l’enregistrement, première étape de cette procédure. Mais l’EASO a tardé à arriver, soulignent tous les humanitaires présents à Chios. Les autorités n’ont donc pas pu enregistrer assez rapidement les demandeurs d’asile, qui attendent sur une île devenue prison à ciel ouvert. Conséquence : «Les camps débordent», selon le premier édile. Chios compte ainsi 3 115 réfugiés selon le gouvernement grec alors que Vial, le centre d’enregistrement et de tri des migrants, ne dispose que de 1 100 places d’accueil.

Ce «hot spot» de Vial est planté à Chalkeio, à 10 km de la capitale. Dans les hangars désaffectés d’une ancienne usine, des préfabriqués servent de bureaux à l’armée, à la police, à Frontex (la police des frontières européenne), aux services d’asile grec et de l’Union, et à quelques ONG. «Tous les migrants qui arrivent sur l’île sont amenés ici, rappelle Daphne Spiropoulou, la directrice. Ils sont fouillés, triés, enregistrés. La police prend leur photo et leurs empreintes digitales, puis une ONG, Praxis, procède à un examen médical.» Ils obtiennent ensuite un numéro qui les suivra pendant toutes les étapes des procédures de demande d’asile et de relocalisation. En attendant leur tour, les réfugiés devraient obtenir un hébergement sur le camp qui entoure l’usine, derrière des barbelés percés. Mais les préfabriqués qui font office de dortoir affichent complet. Du coup, ils sont réservés aux «familles et individus vulnérables». Quant à la nourriture, dispensée par l’armée, «elle est infecte», selon un réfugié qui précise : «Il y avait des vers dans les barquettes l’autre jour.»

«Ils volent ton sac !»

Municipalité, HCR (agence de l’ONU chargée des réfugiés) et ONG ont ainsi pris le relais : des tentes ont été plantées à deux endroits dans la capitale. Amnesty International déplore toutefois les conditions «lamentables. Des personnes réfugiées et leur famille dorment à la dure, exposées à la pluie et à la chaleur. Malgré les efforts des bénévoles, il n’y a pas suffisamment de nourriture et les conditions sanitaires sont déplorables». Mohammad, 15 ans, et son frère, 14 ans, vivent dans l’un de ces camps. Ces deux gamins pas très épais, arrivés en bus le 16 août au matin à Vial, font la queue devant les grilles en exhibant un bout de papier : la convocation à un entretien, mais ils ne savent pas bien expliquer lequel. Quelques minutes de discussion suffisent pour comprendre que ces deux Syriens sont à bout. «Nous sommes arrivés le 20 mars en Grèce», raconte Mohammad. Leur route s’est arrêtée à Chios.«Nous demandons la réunification familiale pour rejoindre notre père et notre frère en Allemagne. Nous ne savons pas si nous pourrons y aller», poursuit l’aîné. Lui et son frère n’ont plus d’argent, leurs portables ont été volés. Ils ne vont plus à l’école, ils étaient «bons élèves», affirment-ils. Les joues du plus grand portent des marques : «Les gens se battent ici, nous sommes agressés, même par des réfugiés», dit-il en détournant le regard.

«Il y a beaucoup de violences entre eux», confirme Amer Omar. Docteur en psychologie, il travaille pour l’ONG Waha à Chios. «Les problèmes psychiques augmentent chez les réfugiés. Après un passage des frontières très dur, parfois mortel, ils attendent maintenant des procédures administratives qui prennent beaucoup de temps», poursuit-il. Face à cette désillusion, «certains demandent même à retourner dans leur pays, mais c’est impossible : il n’y a plus d’interlocuteurs turcs sur l’île». Ces derniers, censés valider les procédures de retour ou transit par la Turquie, ont été rappelés par Ankara au lendemain du coup d’Etat avorté.

Petits beignets

Stress et pression psychologique aggravent les tensions chez les réfugiés, sans espoir, sans le sou et suspectés, désormais, d’être à l’origine du moindre problème ou larcin sur l’île. Dans sa boutique de presse et de souvenirs sur le front de mer, Clio multiplie les anecdotes sur ces exilés stoppés à Chios : «Ils sont entrés dans les jardins pour voler des légumes.» Ou encore : «Ils se jettent sous les roues des motos pour te forcer à t’arrêter. Et ils volent ton sac !» Selon la police, cet incident s’est produit une fois. Il est devenu systématique aux yeux d’une frange d’autochtones en butte à cette «intrusion dans la vie de l’île». «J’ai peur», ajoute Clio. Même l’évêque de Chios jette de l’huile sur le feu. Après la messe du dimanche, il a déclaré aux fidèles : «Il n’existe pas de réfugiés, tous sont des migrants illégaux.»

Pour couronner le tout, le nombre de touristes européens a baissé de 65 % par rapport à l’an passé, selon le Citoyen, le quotidien local. Clio et son époux, Giorgos, en ont du mal à avaler les loukoumades, ces petits beignets arrosés d’un sirop de miel qui accompagnent leur café. «Ce sont les réfugiés qui ont provoqué cette chute ! C’est une catastrophe pour l’économie», s’agace Giorgos. «Qu’allons-nous devenir ?» se demande Clio, persuadée que «les réfugiés vont rester pour toujours». Le maire prévient : «Réfugiés comme habitants de l’île se sentent menacés.»

Malgré tout, quelques locaux continuent d’aider les exilés. Comme Kostas Tanainis, le patron de l’Oasis, dans la station balnéaire de Kerfas, qui ouvre ses cuisines pour concocter la nourriture distribuée, le soir, aux réfugiés : «Ce sont des victimes faciles : la situation sur l’île est explosive et les idées racistes s’y propagent désormais.» Il déplore que les réfugiés ne jouissent pas des droits de l’homme élémentaires, comme «celui de travailler». Pour lui, il faut créer «des structures d’accueil décentes». Un projet de nouveau camp est à l’étude à Chios. Une évaluation est en cours pour s’assurer du respect des normes environnementales et sanitaires : le terrain envisagé est celui d’une ancienne déchetterie.

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Quelle: Financial Times

Tensions rise between Greeks and refugees

The mutilated rabbit on the doorstep was the latest warning. A fortnight of menacing incidents, including a smash-and-grab break-in and glue in the locks, culminated this week with the dead animal left in front of the building. The message was clear: the refugee kitchen was not welcome in Chios.

The Greek island of 50,000 has hosted about 2,500 asylum seekers since the EU in March signed its refugee deal with Turkey, and tempers are fraying. A tranquil place of mastic trees and secluded beaches, Chios has become a cauldron of frustration for locals and migrants alike.

None more so than in the village of Chalkios, home to the Basque-run refugee kitchen and minutes from the Vial asylum camp, set up in an old factory among olive groves.

“The intimidation is increasing day by day. A lot of people from the village hate us,” says Daniel Rivas of the Zaporeak-Sabores kitchen, run by Spanish volunteers and turning out 1,400 meals a day. “At the beginning the Greeks were helping. They’re not fascists or anything. But they’re not with the refugees like before. They’re against them now.”

The kitchen’s travails are a window into the mire of Greece’s migration crisis. The asylum-seekers on Chios, just 7km from Turkey, are trapped in squalid conditions and desperate to leave. The locals would like nothing more. But the way is blocked by a Kafkaesque snare of rules and go-slow procedures aimed at killing hope and achieving the overriding aim of Europe’s deal with Ankara: deterring new migrants from attempting the sea crossing to Greece.

“The EU does not want to give a solution to the islands. They want to show there’s no way out, there’s no escape,” says Giorgos Karamanis, Chios deputy mayor. “The island is like a big prison. We are the buffer zone.”

Even this strategy is proving less effective of late. While arrival numbers dropped sharply after the Turkey deal, the numbers are picking up. About 130 migrants a day were reaching the Greek islands last week. And although in principle most are meant to be returned to Turkey, just a few hundred of the more than 11,000 arrivals since March have actually been sent back.

Even if an asylum seeker reaches the end of the multi-stage application and appeals process and fails — which none have since the Turkey deal — Mr Karamanis says it is impossible to return them. Since Turkey’s failed coup in July, all Turkish police on Chios have been withdrawn. “We can’t even return migrants who commit crimes,” he says.

 

In practice some migrants have left the island for Athens. According to official UN figures, the 2,500 asylum seekers on Chios make it the most overcrowded of the Greek islands relative to its 1,100 capacity. Privately, officials and aid workers say the population is probably smaller.

Smugglers charge €600 to bribe officials or steal migrants into lorries leaving for Athens. Some swim into the port at night to do it themselves. Ahmad al Muhammad, a 20-something from Syria who has been on Chios for three months, bought a ferry ticket and “dressing like a gentleman” tried to escape. “I looked good but it didn’t work,” he says.

After running out of money for hotels, Mr al Muhammad stays in a makeshift tent camp in Chios town centre, along the moat of its medieval castle. The desperation is palpable. His friend Nidal al Doghaim brandishes four ferry tickets worth €141 that got him nowhere. “I lost money but that’s nothing. I will keep trying until I reach Athens and walk to Austria.”

Frustration has boiled over in hunger strikes, suicide attempts, fights and arson. Most dramatic was April’s mass breakout from the Vial camp and occupation of Chios port. The week-long protest ended a shortlived attempt to turn Vial into a detention centre, and sapped what was left of local goodwill.

Little makes sense in Chios. There are asylum seekers given papers to go to Athens who are unable to afford the ferry and are still stuck. A handful who made it to Athens returned to Chios because the conditions were better. Nobody seems to know what stage they are at in the asylum process, when they will get an answer, or what that answer may mean. Four asylum seekers were so frustrated they tried to swim back to Turkey, only to be stopped by the Greek coastguard.

“Only God knows how long I’ll wait,” says Hamid Hagadust, a Tajik from Afghanistan who had been on the island for six months. “My roommate has money but no papers. I have papers but no money,” he says, sitting in a metal container in Vial furnished with nothing but beds and a noisy air-conditioner. “I’ve reached the end. My kids call from Sweden saying ‘are you coming?’ I have to say ‘Daddy has no money’.”

Iñigo Gutiérrez of SMH Rescue, a volunteer group that runs an ambulance service on Chios, recounts the story of a family with tuberculosis that refused hospital treatment in the hope they would become “dangerous” enough to evacuate from the island. “He said that seriously,” says Mr Gutiérrez. “This is a place where good men go crazy.”

Some rue ever making the journey. Maha Abdi, a Kurdish Syrian, arrived recently knowing nothing of the legal obstacles in Chios. With her husband and four children, she shares half a container with broken air-conditioning. “I wouldn’t have come if I’d known it was this hard,” she says, washing clothes at a shared tap. “We really regret it. We should have stayed in Syria.”

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